CRHISM [Université de Perpignan-Via Domitia]

Projet éditorial

Dans la première livraison de Domitia, en octobre 2001, Jean-Marcel Goger (directeur du CRHiSM de 1999 à 2005) exposait l’ambition et les principes de notre revue.

Une revue d’échanges et de rencontres

Domitia : voici le nom d’une nouvelle revue, placée sous les auspices historiques de Cnæius Domitius Ahenobarbus, le consul qui donna vers 120 av. J.-C. l’ordre de tracer une belle route entre Fréjus et Ampurias. Prolongeant la voie Aurelia, déjà ouverte entre Rome et Fréjus, la via Domitia permettait d’intensifier les échanges entre l’Italie et l’Espagne, donnant un souffle nouveau à la civilisation du Nord-Ouest méditerranéen.

Par la suite, les Romains surent donner à la Méditerranée une dimension de « Mare Nostrum » qui renforça les liens communautaires, l’impression de « koîné », autour de la Mer intérieure. Autrement dit, à travers sa marine perfectionnée et ses ouvrages d’art terrestre, Rome sut créer des rapprochements méditerranéens qui survécurent ensuite, peu ou prou, et malgré les vicissitudes événementielles.

Vers 1850, au moment où les convoitises coloniales de l’Europe se précisaient sur les rivages nord-africains, au moment où les Européens songeaient aussi à remplacer l’hégémonie ottomane sur le Proche-Orient, les saint-simoniens imaginèrent la renaissance d’une grande famille méditerranéenne, laquelle aurait été soudée par le cheminement haletant des trains à vapeur, en un circuit allant de Tanger au Bosphore et d’Istanbul à Gibraltar.

Loin de sombrer dans les aspects dominateurs de la Pax romana, ou de l’impérialisme du XIXe siècle, la revue Domitia voudrait s’associer à tous ceux qui encouragent les accents de la fraternité en Méditerranée, ce goût de vivre ensemble qu’ont célébré tant de poètes, de musiciens et de chanteurs.

« À ceux qui désespèrent de voir un jour leur idéal, dis-leur qu’un ½illet rouge a fleuri au Portugal » : empruntés au Georges Moustaki de 1975, ce sont ces accents d’optimisme créateur et prometteur que la revue Domitia voudrait retrouver, suivant en cela la leçon de nos collègues démocrates espagnols.

Très tôt Fernand Braudel avait compris que l’identité méditerranéenne était grande et fédératrice, par-delà les eaux de la « Grande Bleue » et par-delà les flots dorés du Sahara. C’est cette dimension extravertie qu’il convient de réaffirmer avec force, à l’heure où les perspectives s’assombrissent en Palestine, à l’heure aussi où le terrorisme aveugle frappe l’un de nos plus éminents collègues à Barcelone.

Non, la Méditerranée ne saurait se réduire au goût du sang, même si la susceptibilité de l’hidalgo appartient à son esthétique et à sa fierté. Il est important de réaffirmer que la Méditerranée crée aussi l’alchimie mentale des rêveurs de l’El Dorado. Et si le rouge et l’or se marient parfois mal, traçons une ligne bleue de mer entre les deux couleurs, à la manière de Simon Bolivar.

Pourquoi ce discours rassembleur et ces propos moralisateurs ? Tout d’abord pour rappeler que les membres du CRHiSM souhaitent depuis longtemps publier en commun leurs travaux, jusqu’alors trop confinés dans l’oralité ou dans les parutions dispersées. À un moment où les recherches des enseignants et des étudiants contribuent à préciser une approche perpignanaise des enjeux méditerranéens, cette soif d’écriture collective ne faisait que grandir. Il fallait qu’elle trouve enfin son expression.

Le deuxième motif de cet exposé fédérateur est constitué par le désir partagé d’ouvrir le propos. D’éclairer certes l’attachement aux racines qui caractérise notre portion de Méditerranée, mais de montrer aussi que ce regard sait se porter au-delà des horizons, avide de ressemblances, de comparaisons et d’apprentissages.

C’est ce visage de Janus, digne des Grands Navigateurs catalans, qu’il s’agit de revêtir. Autrement dit, Domitia envisage une Méditerranée qui porte loin son désir de connaissance : autour de la Méditerranée, mais aussi dans ses prolongements moyen-orientaux, africains ou latino-américains. Partout où le Génie méditerranéen a laissé sa marque, les intervenants de Domitia se sentiront habilités à porter des interrogations, le tout dans un désir d’échange, de fraternité et de connaissance universelle.

Domitia opèrera donc des rapprochements scientifiques, géographiques et éthiques. Elle marchera ainsi sur les traces des savants qui suivirent Bonaparte en Égypte, sur les pas de François-de-Paule de Fossa au Mexique, ou sur la voie si difficilement ouverte par Yitzhak Rabin.

Longue vie donc à la revue Domitia, et qu’elle ouvre grande la voie au plaisir de rechercher ensemble. Que chacun y apporte désormais son art et ses trophées, pour en faire un lieu de retrouvailles, entre mer, vignes et montagnes. 

Université de Perpignan, le 5 décembre 2000

Jean-Marcel Goger

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